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Vendredi 19 décembre 2008

Strasbourg, capitale européenne historique.



Strasbourg est installée à un endroit géographique qui fait qu'elle avait des prédispositions pour s'installer comme centre européen.
Vieille de 2000 ans, elle se situe actuellement au centre d'axes entre les Îles Britanniques et l'Italie, de la Scandinavie avec la péninsule ibérique.
Actuellement, elle se situe au centre d'un cercle de 600 km de rayon regroupant Paris, Lyon, Genève, Zurich, Turin, Milan, Munich, Prague, Stuttgart, Francfort, Bruxelles et Amsterdam et sa situation au bord du Rhin lui permet d'être au coeur d'échanges commerciaux.

Son statut de capitale européenne, Strasbourg la reçoit après la Seconde Guerre Mondiale, lorsque la réconciliation aboutira au traité de Rome et à la construction européenne. Elle est alors choisie pour accueillir le siège du Conseil de l'Europe, puis du Palais des Droits de l'Homme et depuis 1992 avec le traité de Maastricht et 1997 avec celui d'Amsterdam, elle est la résidence du Parlement Européen.

Mais depuis quelques années, une partie des Eurodéputés contestent ce passé européen et le fait que Strasbourg est une capitale européenne. En effet, ils aimeraient que Bruxelles, en plus d'accueillir le siège de la Commission Européenne ainsi que celui du Conseil de l'Europe, puisse être le siège du Parlement Européen à temps plein.

Il est donc légitime de se pencher sur la question de savoir comment la Communauté Urbaine de Strasbourg compte garder la ville comme capitale européenne.
Pour cela, je me pencherai dans un premier temps sur les griefs exposés contre la ville par les « anti-Strasbourg » dans une liste que j'espère le plus exhaustive possible.
Ensuite, j'étudierai comment Strasbourg compte répondre à ses attaques grâce au développement de ses réseaux ferroviaires et aériens ainsi qu'à son parc hôtelier mais aussi grâce à certaines prises de positions de la CUS et de la ville.
Pour finir, j'interviewerai Emmanuel Vallens, conseiller technique pour les questions européennes et transfrontalières auprès du Maire et du Président de la CUS.






Les remontrances des « Anti-Strasbourg ».


Les reproches énoncés


Tout d'abord pour comprendre les griefs des Eurodéputés, il faut comprendre le mode de fonctionnement du Parlement Européen. En effet, le Parlement Européen est accueilli à Strasbourg 4 jours dans le mois pour les séances pleinières. Les séances exceptionnelles et les commissions ont lieu, elles, à l'espace Léopold de Bruxelles. La multiplication des commissions et des pleinières aditionnelles ont fait que les Eurodéputés passent plus de temps à Bruxelles qu'à Strasbourg. De plus, le Conseil des Ministres se tient lui à Bruxelles et demande parfois la présence d'Eurodéputés. Autant d'évènements qui fait que le déplacement mensuel à Strasbourg ne plaît guère à une partie des 785 députés.

Il faut dire que le Parlement Européen aurait pu, dans le passé se situer uniquement à Strasbourg, seulement
Pierre Pflimlin, maire de la capitale alsacienne entre 59 et 83, craignait que cette implantation permanente augmenterait de façon conséquente le prix de l'immobilier dans la ville, pouvant peut-être causé sa non-réélection au poste de maire.

Cette méfiance vis-à-vis de l'inflation de l'immobilier fait qu'aujourd'hui, la présence du Parlement Européen à Strasbourg est menacée.
Le problème qui revient le plus souvent comme grief est que les déplacement vers Strasbourg ne sont pas des plus faciles. En effet, les réseaux ferroviaires et aériens manquent de dessertes pour une ville qui se veut Capitale Européenne. Si l'on prend ceci et le coût de ces déplacements (200 millions d'euros par an), on peut vite comprendre la grogne des élus européens.


Autre remontrance, le fait qu'avec un Parlement Européen à Strasbourg, ce dernier se retrouve isolé et affaibli, car éloigné des autres organes décisionnels européens comme l'avance Anders Ekberg, secrétaire général de l'Union des Fédéralistes Européens suédois. Et donc décrédibilisé.

Quelques réflexions personnelles.


Si le coût peut paraître prohibitif, en ce qui concerne les déplacements, il ne faut pas oublier que ce coût là (200 M€) est divisé par 495 millions d'électeurs, présents dans l'Union Européenne (en faisant accessoirement le corps électoral le plus important du monde après celui de l'Inde). Ce qui reviendrait à moins de 50 centimes par électeurs par an.
Alors évidemment, c'est en ajoutant des petites sommes au fur et à mesure que l'augmentation des impôts devient conséquente. Néanmoins, il est légitime de se poser la question de savoir si, dans une Union Européenne de plus en plus grande, il est intelligent de tout centraliser à Bruxelles. En effet, le sentiment européen n'est pas des plus ancrés dans les populations, beaucoup se sentant plus provenant d'un pays ou d'une région que de l'Europe en elle-même. Tout regrouper dans la capitale belge n'arrangera pas ce sentiment de ne pas appartenir, de ne pas pouvoir prendre part au projet européen. Ce qui est nettement plus décrédébilisant pour l'Europe, selon moi, que le fait d'avoir différentes institutions dans différentes villes (l'Afrique du Sud a bien trois capitales depuis 100 ans, administrativement parlant, ils n'en pâtissent pas).

Car l'Union Européenne, pour qu'elle soit réellement union, ne doit pas s'ancrer dans une technocraties où seules les élites se sentiraient concernés par le projet.







Strasbourg et son développement, afin de répondre au mieux à son statut.



La principale remontrance qui est exprimée par les Eurodéputés opposés au fait que Strasbourg reste capitale Européenne est le fait que les trajets entre Bruxelles et Strasbourg coûtent en temps, en argent, mais sont aussi souvent compliqués.


Réseau aérien.

En effet, si Strasbourg a un réseau ferroviaire déjà bien développé, on ne peut pas en dire autant de son réseau de transport aérien. L'aéroport d'Entzheim est de taille plutôt moyenne et situé à moins de 150 km de l'aéroport de Bâle-Mulhouse, 5ème aéroport français en terme de passagers avec plus de 4 millions de passagers à l'année.
Le plus gros problème de l'aéroport d'Entzheim reste le peu de destination qu'il dessert en vols réguliers. En effet, si on ne prend en compte que le nombre de capitales européennes reliées à Strasbourg par le transport aérien, régulier, je le rappelle, on n'en trouve que 7 (Londres, Copenhague, Madrid, Paris, Prague, Bruxelles et Athènes) contre 17 pour l'aéroport de Mulhouse, qui dessert en plus, régulièrement plus d'une quarantaine de destinations.
Il est intéressant de noter qu'en 2003, un certain nombre d'eurodéputés, pour développer le côté européen de Strasbourg ont proposé une résolution, n'engageant que ses signataires, qui demandaient le développement des liaisons aériennes et ferroviaires entre Strasbourg et le reste de l'Europe et du Monde. En 2007, les liaisons aériennes, bien qu'elles se soient un peu développées, restent encore en-deçà de ce qu'elles devraient être pour une ville se voulant ouverte à l'Europe. De plus, le quasi-monopole d'Air France sur l'aéroport (confère la décision du tribunal d'interdire à Ryan Air de proposer des vols réguliers vers Londres) a un gros désavantage : sans concurrence pas de baisse des prix sur les billets d'avions.


Réseau ferroviaire.



C'est pourquoi Strasbourg a axé son développement sur les trains à grande vitesse.
En effet, depuis le 05 novembre 2007, la gare accueille le TGV Est Européen faisant de Strasbourg une ville connectée à l'Europe.
Ainsi Strasbourg est désormais connectée par le TGV aux principales grandes villes de France (Bordeaux, Marseille, Paris, Lyon, Lille, Rennes) mais aussi à plusieurs grandes agglomérations européennes comme Zürich, Bâle, Munich, Stuttgart.
Le projet du TGV Est-Européen s'inscrit lui même dans un projet de plus grande envergure, la Magistrale Européenne, projet visant à relier Paris à Budapest d'ici l'orée 2015, faisant de Strasbourg une ville capitale pour cette connexion.
De plus, le développement de la ligne Rhin-Rhône fera qu'à partir de Strasbourg, il sera possible de relier Londres, Bruxelles, ainsi que l'arc méditéranéen du Nord-est de l'Espagne.

Ce projet que mène la Communauté Urbaine de Strasbourg, en participant au co-financement de ces lignes à grande vitesse à hauteur de 35 M€ pour la ligne Est-Européenne (graphe 2) et d'un peu moins de 13 M€ pour la ligne Rhin Rhône (graphe 1), s'inscrit donc comme un réel effort mené par cette dernière pour rendre la ville plus européenne.
Et pour le moment, on peut dire que l'initiative se fait ressentir car la gare de Strasbourg accueille 60000 voyageurs journaliers, soit 20000 de plus qu'avant l'annonce de l'arrivée du TGV Est.




















Interview d'Emmanuel Vallens

Emmanuel Vallens est un jeune élu travaillant pour la ville de Strasbourg. Il est profondément attaché aux valeurs européennes comme le témoigne son engagement dans des associations telles que Ensemble pour l'Europe ou encore son passé de rédacteur en chef pour le Jungstier, version allemande du Taurillon, magazine eurocitoyen.

Diplômé de Sciences Po, il a travaillé notamment à la Commission Européenne et au Mouvement Européen Belge.
Quant à son travail aujourd'hui, je vais laisser le lui décrire :


Tout d'abord pouvez vous décrire votre action dans ce projet ?

REP : Je suis collaborateur de cabinet dans le domaine européen et transfrontalier. Cela signifie que je formalise en termes techniques les orientations politiques fixées par le Maire et le Président de la CUS, que j’assure le suivi de leur exécution au niveau des services, que je conseille politiquement le Maire et le Président en fonction des informations techniques dont je dispose, que je prépare les prises de parole, les courriers ayant une dimension politique, certains communiqués de presse, etc.


Comment la CUS compte-t-elle garder Strasbourg en tant que capitale européenne ?



REP : d’un point de vue strictement juridique, c’est plus la Ville de Strasbourg que la Communauté Urbaine. Nous entendons dépasser la posture purement défensive qui était celle qui était pratiquée jusqu’à présent, en jouant sur trois plans :

-          dans la « querelle du siège » du Parlement européen, nous disons désormais clairement à ceux qui se plaignent des trois lieux de travail du Parlement qu’il existe une solution : tout concentrer à Strasbourg.

-          Plus globalement, surtout, nous souhaitons nous éloigner d’un combat d’arrière-garde faisant reposer le statut européen de Strasbourg sur des arguments historiques et symboliques. Nous voulons identifier Strasbourg comme capitale de la démocratie et des peuples, en jouant sur les partenariats croisés entre les différentes institutions internationales présentes ici, et pas seulement le Parlement.

-          Plus localement, nous voulons développer l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau, qui donnera une plus grande visibilité et réalité à l’Europe qui se construit par le bas, et qui, entre autres, développera la base des appuis transfrontaliers pour notre statut de capitale européenne.



Est-ce que sur ce dossier, il y a eut une collaboration entre l'ancienne équipe municipale et la nouvelle ?



REP : la question européenne, à Strasbourg, fait traditionnellement partie du consensus républicain qui veut qu’il n’y ait pas de division. Ainsi, le Conseil municipal de septembre a adopté à l’unanimité une motion demandant que le Parlement n’ait plus qu’un seul lieu de travail, et que ce soit ici. De même, l’ancienne équipe a également approuvé le contrat triennal « Strasbourg capitale européenne » que nous négocions actuellement avec l’Etat. L’opposition a également voté la convention entre la Ville de Strasbourg et le Parlement européen visant au désamiantage de ses bâtiments.



Comprenez vous les griefs des Eurodéputés qui veulent voir le Parlement à Bruxelles ?



REP : oui et non.

Oui, car les Députés, depuis des années, et contre l’esprit du traité, ont choisi d’exercer l’essentiel de leur activité parlementaire à Bruxelles tout en refusant tout investissement à Strasbourg qui y améliorerait sensiblement leurs conditions de travail. Ils vivent donc à Bruxelles deux semaines par mois, y ont pour un grand nombre acheté un appartement, certains vivant même là-bas avec leur famille (donc très loin de leur circonscription d’origine). Il y aurait donc pour eux (et pour les fonctionnaires du Parlement qui sont dans la même situation) un confort appréciable à transférer l’ensemble des activités du Parlement à Bruxelles. Au-delà de cet élément (qui en fait est pour beaucoup l’élément déterminant, même s’ils le cachent sous d’autres arguments), il est vrai qu’une situation où un Parlement se partage entre trois villes différentes n’est ni cohérent ni efficace.

Non, car si on peut comprendre le souhait d’un lieu de travail unique, il n’y a aucune raison (autre que le confort personnel) pour que ce lieu soit Bruxelles. Au contraire, le Parlement, pour son indépendance et pour sa visibilité, aurait plutôt besoin (aux côtés de l’exécutif bruxellois et du judiciaire luxembourgeois) d’être basé uniquement et exclusivement à Strasbourg. On a constaté, quand les deux sessions de septembre se sont tenues exceptionnellement à Bruxelles suite à l’effondrement d’une partie du faux-plafond, qu’il y avait moitié moins de journalistes en conférence de presse à Bruxelles qu’à Strasbourg. Et que quand le Parlement prend une décision ou reçoit quelqu’un, les médias parlent toujours du « Parlement de Strasbourg ». De nombreux députés disent clairement que ce n’est qu’à Strasbourg qu’ils peuvent voir tranquillement les membres de la Commission européenne (de Bruxelles), ceux-ci ayant là-bas un emploi du temps trop chargé. Donc tout milite (surtout à l’ère des télécommunications et des TGV) pour que le Parlement soit uniquement basé à Strasbourg plutôt qu’à Bruxelles.



Je suis tombé sur une proposition de résolution posée par Mr Mignon entre autre en 2003 qui disait qu'il était important pour Strasbourg d'augmenter les débits ferroviaires et aériens et de créer une véritable école internationale si la ville voulait avoir plus de poids pour défendre son statut de Capitale Européenne. Si l'augmentation du débit est effectif pour le réseau ferroviaire, l'est-il pour le réseau aérien (l'aéroport d'Entzheim ne m'ayant toujours pas répondu sur ce point) et est ce qu'il y a un projet d'Ecole Internationale à Strasbourg ?



REP : L’aéroport est dans une situation difficile, en raison du refus de l’Etat de diminuer les taxes aéroportuaires, ce qui place Entzheim dans une situation de concurrence défavorable par rapport à ses voisins immédiats qui ne sont pas soumis au même système fiscal : Baden et Bâle-Mulhouse. Mais si on regarde l’ensemble de l’offre aéroportuaire, de Francfort (avec des liaisons bus et train via Offenbourg) à Bâle-Mulhouse en passant par Baden, nous avons une accessibilité aérienne quand même bonne, sans compter les vols directs à partir de Strasbourg vers les hubs comme Amsterdam ou Prague.

Quant à l’école internationale, ce n’est plus un projet, mais une réalité : Il y avait déjà un Lycée international (Les Pontonniers) et une école internationale (Robert Schuman, rue Vauban). Depuis la rentrée 2008, il y a désormais à Strasbourg la première école européenne de France, boulevard d’Anvers (http://www.ac-strasbourg.fr/sections/education_formation/offre_de_formations/formations_specifiqu/ecole_europeenne/dossier_ecole_europ/sections/education_formation/offre_de_formations/formations_specifiqu/ecole_europeenne)



Pour finir, quels sont les avantages et les inconvénients pour Strasbourg, d'être capitale européenne ?



REP : Honnêtement, je ne vois pas où sont les désavantages, sinon peut-être un prix du foncier un peu élevé dans les quartiers proches des institutions (Orangerie, Roberstau) et quelques restrictions de circulation quand il y a des manifestations ou des venues de chefs d’Etat. Mais sinon les avantages sont symboliques (car la Ville défend un certain nombre de valeurs humanistes que les institutions que nous accueillons amplifient) et bien sûr économique. Au-delà même de l’impact direct sur les hôteliers de la venue des parlementaires et des diplomates, l’image européenne se répercute sur le nombre de touristes et sur le tourisme d’affaires.



Conclusion.


Pour conclure, on peut voir que la ville de Strasbourg ainsi que sa Communauté Urbaine est à l'écoute des critiques émises par certains Eurodéputés, afin de s'améliorer et de préserver son statut de capitale Européenne.
Ce qui a peut-être changé, comme la bien souligné Emmanuel Vallens, c'est qu'à présent, les acteurs pour le maintien du Parlement Européen, au lieu d'être juste sur la défensive, veulent plus. A savoir que le Parlement Européen soit en permanence à Strasbourg.
Pour cela, le développement du réseau ferroviaire et aérien est un argument de poids pour aller dans cette direction. Mais ce n'est pas le seul.
La ville peut aussi compter sur des projets comme celui de la mise en place d'un Eurodistrict, qui est une réponse non plus destinée à quelques élus, mais bien à toute la population de la région strasbourgeoise, afin que l'Europe devienne aussi une réalité pour les peuples.
Pour finir, Strasbourg peut aussi compter sur la voix d'Eurodéputés, car la volonté de placer le Parlement Européen à Bruxelles uniquement ne fait pas l'unanimité dans l'hémicycle.


Cette fin de mandat à la présidence de l'Europe pour la France ne doit pas faire oublier l'impératif pour la ville de Strasbourg de garder le Parlement Européen et pourquoi pas, d'accentuer le statut de la ville en ce qui concerne le rôle de grande ville européenne.

Par ApeX - Publié dans : Politique.
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